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C’est la personne qui porte la chaussure qui sait le mieux si elle fait mal et où elle fait mal, même si le cordonnier est l’expert qui est le meilleur juge pour savoir comment y remédier” (Citation de John Dewey, psychologue et philosophe américain, 1927)

Cette citation est souvent reprise pour illustrer la notion de démocratie participative, portant l’idée que les bagages de l’élu et du citoyen sont complémentaires pour dessiner l’action publique. Leurs connaissances, leurs expériences, leur rapport à l’information et à leur environnement diffèrent, ils ne vivent ni ne perçoivent les mêmes réalités : de cette situation peuvent naître des tensions, attisées par le sentiment de vivre dans des mondes dissemblables. Et si l’on y voyait plutôt une opportunité ?

 

Elus et citoyens : des savoirs complémentaires

 

Avant d’être élu, le décideur a d’abord été un citoyen parmi d’autres. Par sa formation, ou par l’exercice de ses fonctions, il a intégré des codes, des connaissances, des compétences, un réseau, qui doivent lui permettre de comprendre le fonctionnement des institutions et de s’y intégrer, mais également d’administrer et de gérer un territoire. L’élu n’est pas un citoyen ordinaire : en tant que décideur et représentant des intérêts de sa collectivité, il porte une responsabilité importante, et doit s’efforcer d’agir au plus proche de l’intérêt de ses administrés, et en leur nom. Il peut toutefois lui être difficile de saisir les véritables préoccupations et besoins de ses concitoyens, et de vérifier par lui-même l’impact réel de ses décisions sur le terrain.

La notion d’”expertise citoyenne”, également appelée “expertise d’usage”, aurait émergé dans les années 1970 en France. Elle désigne le rapport de fin connaisseur que le citoyen entretient avec son environnement immédiat (transport, logement, urbanisme…), grâce à son expérience de vie quotidienne qui lui permet d’en saisir les enjeux concrets, pratiques, de tester l’impact des politiques publiques et de proposer des ajustements. Cette considération du citoyen-expert a contribué à légitimer la mise en place de dispositifs participatifs ces dernières-années. Toutefois, le mot-valise d’expertise d’usage doit être pris avec vigilance : il peut tendre à enfermer le citoyen dans un simple rôle d’usager, dénué de connaissances pointues sur d’autres sujets que son quotidien, et avec peu de sens politique ou de vision de l’intérêt général. Or, l’apport du citoyen revêt un potentiel bien plus large : individuellement, par son engagement, ses passions ou sa profession, il dispose de connaissances et d’avis précieux sur des sujets complexes qui vont plus loin que “l’usage”, et pouvant être mobilisés dans le débat public.

 

Articuler les expertises pour jouer collectif

 

Elus et citoyens ont tout à gagner à mettre en commun leurs connaissances et leurs expertises, afin d’aboutir à des réflexions enrichies, éclairées, pour rendre la démocratie plus vivante et plus dynamique, grâce à l’intelligence collective. Or, pour co-construire, il faut d’abord se connaître, se faire confiance, en particulier en cette période de défiance politique. Comment ? Par la communication locale et la mise à disposition d’informations, par la transparence politique, l’ouverture mutuelle, ou encore l’organisation de temps de rencontre.

L’élu comme le citoyen ont leur responsabilité : le premier, celle d’écouter et de prendre en compte les avis de ses concitoyens, et de mettre en place les moyens nécessaires en ce sens ; le second, de s’impliquer, de faire remonter les informations et de s’informer lui-même. Si on peut attendre de l’élu qu’il tende la main, impulse le mouvement, prouve son ouverture et sa volonté politique de mettre en place plus de participation, c’est aux citoyens qu’il appartient de s’en saisir pour transformer l’essai. Les dispositifs participatifs ne manquent pas : forums citoyens, conseils de quartiers, conseils municipaux des jeunes, consultations citoyennes, etc. Compléments et leviers des dispositifs traditionnels, les CivicTechs constituent une innovation démocratique qui abritent un potentiel inédit : celui d’installer une démocratie plus continue, et d’impliquer davantage et sur le long terme les citoyens dans la vie de la Cité.