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Selon le baromètre Djepva 2017, 55% des 18-30 ans estiment que leur avis ne compte pas réellement au sein des espaces dans lesquels ils évoluent. Ce sentiment qu’ont les jeunes de ne pas être écoutés se retrouve aussi dans leur rapport au monde politique, et serait l’un des facteurs de leur dépolitisation, que l’on constate ces dernières années. Les jeunes sont pourtant des citoyens à part entière, avec une vision, des idéaux, des convictions à partager. Ce sont également eux qui assureront demain la poursuite de notre système démocratique, et qui en seront les acteurs : il est donc particulièrement important qu’ils se sentent écoutés par leurs élus, et concernés par la vie politique, afin qu’ils puissent y participer. Pour ce faire, quels dispositifs peuvent permettre de réinventer le dialogue citoyen entre jeunesse et politique ?

Développer une culture de la participation dès l’école ?

L’un des premiers espaces de socialisation pour les jeunes, où débute la formation de leur esprit citoyen, est l’école. Or, lorsque l’on observe le système éducatif français, souvent pointé du doigt pour son côté formel et très académique, on peut à juste titre s’interroger. L’approche descendante des enseignements dispensés, qui met l’accent sur la transmission des savoirs davantage que sur l’échange, est-elle adaptée à la formation d’une culture de la participation chez l’élève ? Les cours d’éducation civique eux-mêmes ont longtemps suivi cette approche, privilégiant les aspects théoriques à défaut d’enseignements pratiques et implicatifs. Certes, la théorie est un prérequis pour comprendre le fonctionnement de notre système démocratique ; mais il s’agit également d’en saisir les valeurs, de se les approprier, et d’apprendre à les mettre en pratique de manière concrète, en usant de son libre arbitre et de son esprit critique. Depuis 2016, l’intégration du dispositif « parcours citoyen » dans les écoles publiques porte l’ambition de changer d’approche quant à l’enseignement civique, en incluant davantage d’aspects pratiques. Si cela témoigne d’une évolution des mentalités, il est encore trop tôt pour en évaluer les impacts.

Au-delà des enseignements, développer une culture citoyenne à l’école passe aussi par la formation d’une attitude participative au sein de l’établissement au quotidien. Le système actuel des représentants d’élèves, ou délégués, qui interviennent ponctuellement aux conseils de classe et aux conseils d’administration, permet de se familiariser avec le fonctionnement de la démocratie représentative, mais reste assez superficiel. De plus en plus aujourd’hui, des établissements choisissent d’intégrer pleinement la participation des élèves à l’organisation de la vie scolaire. Les écoles Montessori, Steiner ou Freinet placent par exemple la coopération et la participation au cœur de leurs principes, et ont développé divers dispositifs en ce sens : conseils d’enfants, forums, espaces de débat, etc. Les établissements appartenant au mouvement « l’école démocratique » fonctionnent de manière atypique : les élèves s’autogèrent totalement, et apprennent le vivre-ensemble en suivant les choix de la majorité. L’inconvénient majeur de ces établissements reste souvent le coût élevé de la scolarité ; toutefois, il pourrait être judicieux de s’inspirer de leurs modes de fonctionnement.

Impliquer les jeunes dans la gouvernance locale

Différents dispositifs de participation à la vie publique dédiés aux jeunes existent aujourd’hui, à tous les niveaux de collectivités. Certains leur permettent d’intervenir de manière ponctuelle, d’autres sont institutionnalisés, prenant alors la forme d’instances aux prérogatives bien définies : conseils municipaux ou régionaux de jeunes, parlements de jeunes, forums de la jeunesse, etc. Les degrés d’implication varient, allant de la consultation à la co-construction des politiques publiques. Pour certains élus, la mise en place de ces dispositifs participatifs viserait avant tout à former les jeunes à l’exercice de leur futur rôle en tant que citoyen, à des fins “pédagogiques” ; pour d’autres, il s’agit bien d’intégrer les jeunes à la prise de décision, de prendre pleinement en considération leur avis, et de bénéficier de leur expertise d’usage.

Selon un rapport d’étude de l’INJEPR en 2015, l’utilisation de ce type de dispositifs serait un facteur d’amélioration des relations entre les jeunes citoyens et les acteurs publics. Ils permettraient une meilleure circulation de l’information, qui favoriserait la compréhension des politiques publiques chez les jeunes. Comme c’est le cas pour de nombreuses formules de démocratie directe, il serait plus facile de les mettre en place à l’échelle de la commune, du fait d’une identification au territoire local et d’un sentiment de proximité avec les élus locaux. A l’heure où se généralise la défiance vis-à-vis des pouvoirs publics, ce type d’espace de participation pourrait constituer un moyen efficace de réinventer le dialogue citoyen entre jeunesse et politique.

Recréer du lien entre jeunesse et politique grâce aux outils numériques

Particulièrement appréciés des jeunes, et permettant de toucher des publics étendus, les outils numériques constituent aujourd’hui des canaux privilégiés pour créer du lien entre les jeunes et l’espace politique. Le développement des civic techs ces dernières années, et leur utilisation croissante par les collectivités territoriales, s’inscrit d’ailleurs dans la lignée de la digitalisation de la communication locale, qui correspond aux nouvelles attentes des citoyens. Aussi, pour la génération que l’on qualifie de “digital natives”, qui recourt quotidiennement aux réseaux sociaux et au web, le numérique constitue de fait un langage particulièrement adapté, que les acteurs publics ne peuvent plus négliger.

L’usage des civic techs à l’échelle d’une collectivité favorise la participation de la population, et notamment des jeunes, de différentes manières. D’abord, en envoyant un signal positif à la population : l’élu montre sa volonté de dialoguer, de recueillir l’avis des habitants, en utilisant des moyens plébiscités par les jeunes. En ce sens, celui-ci fait preuve d’une volonté de s’ouvrir à ses concitoyens, en particulier à la jeunesse, en usant d’outils qu’ils apprécient. La collectivité jouira d’une image “connectée”, plus moderne, plus proche de ses concitoyens. Le recours aux civic techs permet en outre de susciter  la curiosité des jeunes générations, à travers des outils ludiques et originaux, qu’ils souhaiteront découvrir.